CONTRIBUTION A L'IDENTIFICATION DES ESPECES DES POISSONS LARVIVORES POUR LA LUTTE BIOLOGIQUE CONTRE LES MOUSTIQUES AUX ENVIRONS DES ETANGS PISCICOLES EN R.D. CONGO

Publié le par KHASIRIKANI MBAKWIRAVYO

 Par Désiré KHASIRIKANI MBAKWIRAVYO,  KAMONDO  MATATA et  KAKULE  BAYALA

 

Article publié  dans le « Journal of African and Asiatic Studies » de Patras University – Athens, Greece, volume 15 / 2006

 

INTRODUCTION

Dans le monde, le nombre de personnes sous- alimentées et mal nourries ne cesse  d’augmenter. Deux tiers de la population sont concernés par le problème de malnutrition et de sous alimentation (KYAMAKYA, 1999). En Afrique le nombre a doublé passant de 100 millions à la fin des années 60 à près de 200 millions en 1995 (ANONYME, 2000). Les causes sont principalement les conflits internes et régionaux que connaît le continent et la dégradation de l’environnement qui se caractérise par une baisse sensible de la production agricole.

            La pisciculture est une des activités dont on peut recourir dans certains pays comme la République Démocratique du Congo pour lutter contre la sous-alimentation. Elle permet aux populations de produire du poisson, même dans des régions éloignées des lacs et des grandes rivières et de valoriser certains terrains non propices à l’agriculture comme les marécages (ANONYME, 1978). Par la production du poisson elle est aussi importante dans le développement socio-économique des populations.

Parmi les espèces des poissons cultivées en République Démocratique du Congo, le Tilapia s’est montré plus rentable par rapport aux genres Clarias et Barbus qui ne fournissent pas de bon résultats en captivité (HULOT, 1956).

Cependant, malgré son importance, la pisciculture est considérée par les services de la santé publique dans bien des régions du Congo et surtout au Nord Kivu, comme le principal facteur favorisant la prolifération des moustiques anophèles, vecteurs du paludisme qui selon l’Organisation Mondiale de la Santé tue 1 à 2 millions d’hommes par an dans le monde et en invalide 300 à 500 millions (ANONYME, 2004). Les projets de pisciculture sont souvent mal accueillis par la population locale qui pourtant en a besoin pour résoudre ses problèmes nutritionnels.

Pour lutter contre le paludisme, des mesures prophylactiques prises par les services de la santé ont conduit à la suppression ou au vidage de nombreux étangs piscicoles au Nord Kivu surtout dans le territoire de Lubero (KYAMAKYA, 1999).

Dans les soucis de chercher les voies et moyens d’améliorer l’alimentation de l’homme et tout en préservant sa santé contre le paludisme il convient d’identifier dans les lacs et rivières proches des espèces des poissons capables de détruire les moustiques à l’état larvaire et pouvant vivre en association non compétitive avec le tilapia élevé dans les étangs piscicoles.

Pour la province du Nord Kivu, le lac Edouard pourrait servir de lieu d’approvisionnement en espèces entomophages à proposer aux pisciculteurs pour lutter contre la multiplication des larves des moustiques dans les étangs.

 

MATERIEL ET METHODES

Notre étude consiste à identifier parmi les espèces des poissons régulièrement  pêchées dans le lac Edouard celles qui sont entomophages et qui peuvent consommer les larves des moustiques. Pour réaliser ce travail nous avons procédé indirectement par l’étude macroscopique des contenus stomacaux de 110 spécimens de poissons pêchés à Kamandi, une pêcherie se trouvant dans le Parc National des Virunga sur la rive Sud Ouest du lac Edouard en République Démocratique du Congo (MUGHANDA, 1992).

Pour l’identification des spécimens récoltés nous nous sommes servis des clés de détermination établies par POOL (1957), LEVEQUE (1997) et HULOT (1956).

Par la suite 10 spécimens de chaque espèce identifiée ont été disséqués. Chaque fois, après la dissection, le tube digestif était prélevé et ouvert longitudinalement à l’aide d’un bistouri. Le contenu stomacal de chaque spécimen était recueilli sur un plateau et examiné directement et à l’aide d’une loupe manuelle x8 pour en détecter les constituants.

 

RESULTATS

Identification systématique

Les poissons prélevés auprès des pêcheurs ont été identifiés et les résultats obtenus sont repris dans le tableau 1 :

 

 

Tableau 1:Taxonomie des poissons ayant l’objet de nos recherche

Ordre

Famille

Espèce

Nom vernaculaire

Lepidosireniformes

Protopteridae

Protopterus dolloi

Hondwe

 

 

Protopterus aethiopicus

 

Clupeiformes

Mormyridae

Mormyrus kannume

Kasuluba

Cypryniformes

Cyprinidae

Barbus altianalis

Katendele

 

 

Labeo forskalii

Buluma

Siluriformes

Clariidae

Bagridae

Clarias lazera

Bagrus docmac

Chrysichtys branchyenema

Kabambale

Kibonde

Kighomba

Perciformes

Cichlidae

Tilapia nilotica

Tilapia leucosticta

Haplochromis guillarti

Rihere

Kitoli

Kipika ngunga

 

Le tableau 1 montre que les poissons les plus pêchés à Kamandi appartiennent à  cinq ordres : les  Lepidosiréniformes, les Clupéiformes, les Cypriniformes, les Siluriformes et les Perciformes. Ces poissons sont également repartis en six familles. Les familles des Protopteridae, des Bagridae  et des Cyprinidae sont représentées chacune par deux espèces, celles des Mormyridae et des Clariidae par une espèce chacune. Les Cihlidae  sont représentés par trois espèces.

Analyse des contenus stomacaux

L’étude macroscopique des contenus stomacaux des poissons disséqués a donné les résultats repris dans le tableau 2.

Tableau 2 : contenus stomacaux des poissons péchés à Kamandi

 

espèce

Nombre de spécimens

Contenus

Protopterus dolloi

10

Arrête des poissons

Coquilles des mollusques

Bouillie noire

Poisson entier

Protopterus aethiopicus

10

Restes os des poissons

Coquilles d’escargots

Vers annelés

Bouillie noire

Mormyrus kannume

10

Insectes ailés

Larves d’insectes

Barbus altianalis

10

Larves insectes

Insectes noirs

Annélides

Liquide jaune verdatre

Grain de sable

Labeo forskalii

10

Bouillie vert jaunâtre

Clarias lazera

10

Ecailles des poissons

Os des poissons

Coquilles des mollusques

Insectes

Débris végétaux

Bagrus docmac

10

Ecailles

Bouillie verdâtre

 

Chrysychtys branchynema

10

Bouillie verdâtre

Insectes

Débris des poissons

herbe

Tilapia nilotica

10

Bouillie verdâtre

Tilapia leucosticta

10

Bouillie noir verdâtre

Haplocchromis guillarti

10

Ossements des poissons

 

 

Il ressort de ce tableau que beaucoup de poissons communément pêchés à Kamandi n’ont pas un régime bien défini. Néanmoins, 3 espèces parmi lesquelles nous avons analysé le contenu stomacal utilisent les insectes à l’état larvaire ou imaginal dans leur alimentation et spécialement le Mormyrus kannume.

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